Texte de Jean de Chantal. Chronique réalisée en collaboration avec la Société de généalogie de l`Outaouais, Inc., parue le 10 février 1994
La famille Péladeau
L'ancêtre Jean Péladeau dit Saint-Jean, originaire d'Aulnay, petite commune du Poitou, ne sait pas signer; on doit donc se rapporter aux actes officiels pour analyser les différentes graphies de son patronyme ; Paladeau, Peladau, Péladeau, Pélaidau, Pelladeau. Dauzat révèle que palade signifie le plat d'une rame, une pelletée, plongée au figuré; ailleurs, il mentionne que pelade, dans la langue d'oc, signifie «marchand de pelade», (type de laine ou de fourrure).
Il naît vers 1641, puisqu'il a 40 ans au recensement de 1681 à Chambly. Quand le roi de France décide en 1664 d'envoyer le régiment de Carignan pour mâter la hardiesse iroquoise, Jean Péladeau s'enrôle sous la bannière de la compagnie du capitaine Jean-Maurice-Philippe de Vernon de la Fouille, qui est la première à toucher Québec le 18 juin 1665. Dès le 23 juillet de la même année, le marquis de Tracy, vice-roi de la colonie donne l'ordre à l'officier Jacques de Chambly d'aller construire le premier fort du régiment au «saut» (cascade ou rapides) de la rivière Richelieu. Le fort Saint-Louis, modèle d'architecture militaire devient Chambly plus tard.
On compte six charpentiers parmi les soldats pour diriger les travaux. Jean est l'un de ces hommes de métier sur lequel on peut se fier. L'hiver venu, la compagnie se retire à Trois-Rivières pour revenir sur les lieux le printemps suivant pour compléter l'ouvrage. Le régiment est démobilisé en 1667; plus de 400 miliciens, dont Jean Péladeau, restent ici et deviennent colons.
La mère et l'enfant
Il épouse Jeanne Roy, la veuve enceinte d'Étienne Bonnet (Bonneteau) dit Lafortune le 26 janvier 1670. Au baptême de leur fille Louise, le curé écrit par erreur dans le registre «fille de Jean Péladeau», au lieu d'Étienne Bonnet. Au recensement de 1681, Jean se dit toujours charpentier, sa femme a 40 ans comme lui et cinq enfants s'assoient autour de la table familiale. En 1689, il loue une habitation au lieu appelé Ste-Marie, à Montréal. Quelques jours plus tard, on lui concède un emplacement au bout de la rue Saint-Vincent; Jean Péladeau promet «bâtir maison sur le niveau de laditte ruë», dans un an. Il continue quand même de consolider sa position de fermier, si l'on en juge par les nombreuses transactions passées devant notaire.
En plus de Louise Roy-Bonnet, ils auront huit enfants; la moitié de cette seconde génération décède avant d'atteindre l'âge adulte. Jean, né vers 1678, est le seul à transmettre le nom Péladeau à la descendance. En 1701, il épouse à Montréal M.-Thérèse Mondin, fille d'Antoine et de Marie Paviot. Il décède deux ans plus tard. Peut-être est-il victime d'une épidémie, car le nombre de sépultures, durant les quatre premiers mois de 1703 semble anormalement élevé. Des deux garçons qui leur sont donnés durant la courte durée de leur mariage, seul Jean survit. Il devient arpenteur juré de l'île de Montréal en 1734 et est l'auteur du cadastre de la côte Saint-Antoine, aujourd'hui Westmount.
Le 29 mai 1707, l'ancêtre Jean Péladeau et son épouse se donnent aux Frères Hospitaliers pour le reste de leurs jours. Les Frères s'engagent à leur préparer une sépulture convenable et la convention stipule même que les aïeuls Péladeau auront un service funéraire gratuit et des messes après leur mort. Il entre à l'Hôpital général de Montréal en novembre 1719; le chroniqueur généreux donne cent ans à l'octogénaire. Jeanne ira le rejoindre dans la tombe en 1721.
Une lignée de Péladeau
CANADA
I
Jean I Péladeau dit St-Jean
1670
d'Aulnay, évêché de Poitiers, Poitou (Vienne)
marié à Chambly