Texte de Jacques Gougeon. Chronique réalisée en collaboration avec la Société de généalogie de l`Outaouais, Inc., parue le 4 novembre 1991
Ni cheville, ni poisson…
Si vous ouvrez le Petit Larousse illustré, dans la section des noms propres, vous y découvrirez un certain Jean Goujon, sculpteur et architecte français, probablement - c'est ce qu'on dit, - né en Normandie en 1510 et décédé vers les 1564 à 1569.
En une seule décennie, on a diminué ce cher Jean: «il n'est plus l'un des principaux créateurs de la renaissance classique en France», mais seulement un artiste qui par «son maniérisme raffiné tend à la pureté classique». Nous étions très fiers, à nous en «péter les bretelles», d,<'avoir dans la lignée de nos ancêtres du 16e siècle, un érudit en architecture et un sculpteur par surcroît. Et voilà! Nous devons déchanter. Une première bretelle de cassée!
D'ailleurs déjà l'édition du Larousse 1981, on dit qu'il «collabore avec Lescot au nouveau Louvre». Que « l'architecte Pierre Lescot eut Jean Goujon, comme collaborateur habituel...» Dans l'édition de 1992, on ne mentionne même pas le nom de Jean Goujon parmi les dix principaux architectes du Louvre, Lescot en tête. Faut croire que de collaborateur habituel, il n'est plus qu'un assistant, un aide de Lescot. C'est la deuxième bretelle qui vient de casser!
Ceci étant dit, et mon ego profondément meurtri, Jean Goujon est-il un de mes ascendants? Je ne saurais le dire, et encore moins le prouver. Si l'on cherche l'étymologie de Goujon, nous n'avons pas à nous casser la tête: un petit poisson laid et osseux que l'on pêchait dans la Seine, lorsque l'eau y était plus claire et moins polluée, nous sert de point de départ, bien mince évidemment. Il y a aussi le «goujon» qui est cette cheville dont on se sert en ébénisterie et avec d'autres matériaux pour unir deux pièces. Donc, le premier Goujon serait-il un pêcheur expert de cette sorte de poisson, et on l'aurait affublé de ce sobriquet, tel que Jean-Baptiste Untel dit Goujon; ou encore serait-il un bouche-trou irremplaçable et prolifique qui nous a assurés de la sorte une descendance plus ou moins nombreuse?
Toujours est-il que le GOUJON no 2 dont on fait mention ou auquel on se réfère dans notre généalogie, serait né en 1661 du mariage de Pierre Bougon dit Goujon (Pierre no 1) et de Marie Bougras d'Aubigny, diocèse de Luçon, au Poitou. Pierre Goujon no 2 arriva en Nouvelle-France et contracta mariage à Montréal, le 24 septembre 1686, avec Marie-Catherine Danny (Danis); ils eurent douze enfants, dont deux fils; un seul, du nom de Pierre lui aussi, contracta mariage.
Ce Pierre no 3 épousa Madeleine Langevin, à Montréal toujours, le 12 septembre 1729; ils eurent six enfants dont un du nom de Pierre également. Et c'est ce Pierre no 4 qui ouvrit le bal, car il se maria trois fois et eut quatorze enfants en tout: sept filles et sept garçons, qui assurèrent une remarquable descendance, dont plusieurs après trois ou quatre générations, (on me corrigera s'il y a erreur), se retrouvent dans l'Outaouais québécois et ontarien.
Parmi ces derniers, on trouve l'auteur de cet article, De son mariage avec Jeannine Gariépy, le 27 juin 1955, sont issus quatre enfants: François, Christiane, Jocelyne et Sylvain. Jusqu'à ce jour, seules les filles ont eu des enfants. En tant que grands-parents, nous sommes toujours dans l'attente de petits poissons Goujon…